France 1972 - 1973

Début 1972, Best titre un petit chapitre consacré à Status Quo par un prometteur 'Status Quo en France ?' lequel communique : 'Leur musique balance sans problèmes. 'Dog of two head' leur dernier LP est apprécié pour ses facultés de remue-ménage. En plus du rock mouvementé, on y trouve un certain feeling blues ou encore des pointes anodines acidulées un peu à la Ray Davis'. Il est question que Status Quo vienne prochainement en France et ait ses chances de séduire les amateurs de défonce sobre'. Pourtant, il faudra patienter une bonne année avant de voir ce groupe prometteur se produire, en vedette, dans l'hexagone. En France, Status Quo est confronté au même problème qu'en Angleterre. Pour le moment, les radios phares comme RTL ou Europe 1 ne diffusent aucun titre. Alors, le groupe n'a d'autres solutions que de se faire connaître par des concerts.


Le mois de juillet 1972 voit la naissance du hit-parade RTL. Basé sur le vote de ses auditeurs, la radio diffuse les titres les plus plébiscités et dresse un classement hebdomadaire. Cette émission sera pour beaucoup dans la découverte de Status Quo même s'il faut attendre juillet 1974 pour y voir apparaître le premier titre, Break the rules. Sept titres y figureront jusqu'en 1981. Au début de l'année 1973, Johnson cherche à conclure quelques dates dans l'hexagone. La période semble plus favorable pour une éclosion du groupe. Certes, des chanteurs comme Mike Brant ou Claude François tiennent encore le haut de l'affiche mais cette musique midinette commence quelque peu à lasser l'auditoire et beaucoup de jeunes Français commencent à chercher d'autres sources musicales.  Dès le début de l'année 1973 et les sorties de 'Piledriver' et de 'Paper plane', la présence de Status Quo dans les magazines français va en augmentant autant en longueur qu'en approbations.


'Balance harmonieuse entre les boogies rocks furieux et teigneux aux guitares ravageuses et les titres plus soft aux accents plus bluesy et moelleux, Piledriver est un album à découvrir. Il se termine par une reprise des Doors qui démontre le tempérament volcanique des quatre Anglais. Status Chaud !'. Cette dernière critique signée par le journaliste de Best, Sacha Reins est peut-être celle qui se rapproche le plus de l'esprit de l'album. On peut lire, également, des articles élogieux sur le magazine Pop 2000 comme "Ca déménage les potes ! C'est du bon hard ! Ils tournent essentiellement en Angleterre et doivent être scéniquement dément. A l'écoute de 'Don't waste my time', 'Paper plane' et 'Big fat mama', qui sont des rock bien travaillés et sans bavures, on peut imaginer les amplificateurs 'fumants' des trois guitaristes ! Dans la plupart des morceaux, le guitariste rythmique souligne le 'Hard-rythm' par des accords martelés, assez secs. Quand ils veulent se donner la peine de faire du blues, vous sentez vos tripes qui vous remontent dans la gorge. C'est un bon groupe que nous tenons là ! Il semble que Status Quo doive s'inscrire au firmament des grands groupes de hard-rock britannique. Le groupe se produira, probablement, à l'Olympia de Paris, en juin. Et Status Quo s'est bien promis de donner aux Parisiens un spectacle qu'ils ne sont pas près d'oublier ! " .

C'est en ces termes qu'est donc annoncé le premier concert français de Status Quo cité plus haut. Seulement, le concert prévu au mois de juin n'aura pas lieu, le groupe donnant la touche finale à l'album 'Hello'. Mais, pour le mois d'octobre, Paris est bien mentionné dans la mini-tournée européenne mise sur pied par le management du groupe. Certes, il n'y a qu'une date, la tournée attendra ! A l'été 1973, Status Quo a vendu près de 20.000 exemplaires de 'Piledriver' à travers l'hexagone. Ce chiffre honnête résulte, comme pour l'Angleterre, trois ans plus tôt, d'un bouche à oreille effréné pratiqué dans les cours de collèges ou de lycées. En effet, ce n'est pas Rock & Folk, magazine spécialisé le plus vendu, en France qui assurera la moindre promotion. Aucune chronique d'albums, ni le moindre reportage ! Pas même l'annonce du prochain concert à l'Olympia ! Status Quo est purement et simplement ignoré ! Heureusement, pour d'autres, la donne est tout autre. A des fins promotionnelles, Extra et Phonogram s'associent en éditant exclusivement pour le magazine, un 45 tours incluant 'Paper plane'. Le single enregistre aussi quelques ventes, certes moins nombreuses que l'album mais relativement satisfaisante au vu la situation. C'est, pourtant, un groupe quasi-inconnu qui débarque en France et s'apprête à faire vibrer les célèbres planches de l'Olympia. Initialement prévu en juin, puis le 1er octobre, ce sera, finalement, ce samedi 28 octobre qu'aura lieu cette première. Les femmes des quatre musiciens sont présentes et c'est l'occasion pour certaines d'entre elles de visiter la fabuleuse ville qu'est Paris. Pourtant, une partie de l'entourage du groupe est assez sceptique sur les chances du groupe de percer, en France. 'Lorsque nous sommes arrivés, en France, pour la première fois, certaines personnes disaient que le groupe ne serait jamais 'big', là-bas. Mais ils ont adoré Quo. Les Français n'avaient pas trop d'idées de ce que Quo était. Ils s'attendaient à quelque chose comme les Pink Floyd ou Tangerine Dream et lorsque le groupe est arrivé, ils attendaient assis par terre, assis en tailleur. Quo les a fait remettre sur leurs pieds et danser le boogie. Nous avons récolté, quand même, dix disques d'or, en France' soulignent Johnson et Young. Dix ? Non, ce sera même douze ! Status Quo est fier de donner son premier concert français dans la salle la plus légendaire du pays mais lorsqu'ils pénètrent dans les loges, ils sont très étonnés de les voir si petites. Francis Rossi réalise alors son rêve comme il le stipulera, quelques années plus tard : 'Quand je grandissais, je n'avais qu'une ambition : C'était jouer à l'Olympia de Paris car j'avais lu que les Stones y avaient joué. Mais quand je m'y suis rendu pour la première fois, c'était un trou ... sale'. C'est après quelques rumeurs de remise du concert pour cause de trafic que les quatre têtes chevelues foulent enfin une scène française. Il est 17 heures en ce samedi après-midi lorsque Status Quo apparaît sur la scène de l'Olympia. Devant le 22 boulevard des capucines, une foule impatiente attend l'ouverture des portes. C'est la première représentation du groupe en France et on veut avoir les meilleures places. Lorsque les portes furent, enfin, ouvertes, c'est sans aucune retenue que tout ce petit monde se rua vers les premiers rangs. Le jeune public, alors présent, est fasciné par l'impact scénique et la fougue que dégage le groupe. 


Les sièges rouges de la célèbre salle deviennent vite un obstacle et d'assis, les spectateurs passent à la station debout, puis debout sur les sièges et enfin, pour les plus férus d'entre eux, debout sur les dossiers des sièges. L'Olympia a peu souvent été le témoin d'une telle ambiance ! Seuls les concerts de Johnny Hallyday, peu avant, ont pu atteindre un tel degré d'excitation ! Près de 2.000 personnes pour ce premier concert français, parmi lesquels Bernie Bonvoison, futur Trust alors employé de la salle. Il avouera, plus tard, avoir senti les murs trembler ! Pourtant, Lancaster ne semble pas emballé par le comportement des Français. 'On se serait dit dans une morgue. Ils étaient assis là à nous regarder et attendaient'. Alan, habitué aux ambiances folles des salles anglaises exagère certainement mais la presse anglaise se fait pourtant l'écho du bassiste. 'Ils sont particuliers ces Français, ils se dissimulent dans les fauteuils et même leur réaction faite de sifflement et de hululement est quelque peu curieuse'. La presse française, elle, voit les choses autrement. " Le concert fut, en général, un succès qui devrait permettre d'élargir le public de ce groupe, en France, un groupe qui produit un rock sain et sans problèmes ". " Status Quo joue un rock-blues excitant, structuré et abouti, joué avec persuasion auquel un public réceptif répond avec enthousiasme. Toute la salle est debout et chaque tête marque la cadence. Status Quo en donne pour son argent. Status Quo venait de conquérir l'Olympia, se réservant par-là même une salle archi-comble lors de leur prochaine venue après celle correctement remplie de ce jour. " sont les principaux extraits de la presse présente en ce 28 octobre à l'Olympia. Le premier concert de Status Quo se révèle donc un succès et a pour but de promouvoir l'album 'Hello', fraîchement sorti. Les critiques, quoique peu nombreuses, sont globalement bonnes comme le témoigne ce passage " Status Quo est actuellement premier en Angleterre avec ce disque. Et le groupe n'a pas à avoir honte de ce succès qui récompense des musiciens honnêtes, dans tous les sens du terme. Disons simplement que cet album, qui sont bon la sueur et l'électricité, a suffisamment de charme et de puissance pour plaire à tout le monde ". Status Quo semble trouver sa place dans le milieu musical français d'autant plus que le nouveau single intitulé sobrement 'Caroline' se révèle redoutable dans les discothèques et les juke-box des troquets. Même les hostiles radios françaises le diffusent d'abord timidement puis plus assidument (principalement RTL qui sera partenaire sur plusieurs concerts par la suite  .

Caroline (pressage français)
Caroline (pressage français)

Bon nombre de Français découvrent alors le groupe grâce à cette chanson et sa fabuleuse introduction exécutée par les deux guitaristes. Le titre est considéré comme la 63ième vente de singles, le 19 novembre 1973, les débuts sont timides mais prometteurs. On le retrouve, néanmoins classé pendant deux semaines dans le classement du magazine 'Salut les Copains' (n°15 le 15 janvier 1974). 'Caroline' et 'Hello' figurent parmi les meilleures ventes étrangères au cours des trois derniers mois de l'année 1973. L'album se vend à 300 exemplaires par jour, de décembre 1973 à avril 1974. 'Caroline' souffrant, néanmoins, d'un déficit de point de vente et d'une mauvaise distribution ne s'écoulera qu'à environ 10.000 exemplaires !