France 1974

La reconnaissance semble naître mais il manque au groupe une grande tournée à travers la France pour s'établir réellement. Elle est prévue pour le printemps mais reste relativement timide et peu médiatisée. Lorsque Status Quo déboule en France, le mardi 2 avril, pour sa première tournée française, 'Piledriver' s'est écoulé à près de 25.000 unités alors que 'Hello' s'est vendu à environ 35.000 exemplaires (il deviendra disque d'or en 1976), chiffres relativement élevés si on tient compte du peu de promotion faite autour du groupe. 'C'est effectivement un bon chiffre' déclarent les responsables de Phonogram.


La tournée prévoit quatre dates, Lyon, Bordeaux (18 Francs la place), Poitiers et Faches-Thumesnil (banlieue lilloise) s'étalant sur quatre jours (3 au 6 avril). Après le succès de l'Olympia, Status Quo semble prêt à conquérir la province française. Hélas, le président français Georges Pompidou meurt le 2 avril engendrant ainsi un deuil national. Rick, Alan, John et Francis s'attendent à une annulation de tous les concerts d'autant plus que la France a décidé de ne pas envoyer Dani représenter le pays au concours de l'Eurovision prévu pour le samedi 6. Aucune manifestation musicale ne doit avoir lieu sur le sol français, ce jour là ayant été décrété journée de deuil national et c'est de plus le jour de l'enterrement du président français. Status Quo donne son accord pour reporter son concert de Faches-Thumesnil au dimanche 7 (Merci à Jacques pour les photos). De Lyon, où le groupe a débarqué via la Suisse, s'ensuit une valse de coup de téléphone afin de finaliser le report. Après un moment d'incertitude, le concert de Lyon est bel et bien maintenu. Une fois le matériel monté, le Quo part au soundcheck vers 17 heures et regagne son hôtel. Au moment de partir à la salle pour le concert, la voiture réservée par les organisateurs pour véhiculer le groupe est aux abonnés absents. On doit, à la hâte, appeler un taxi. On ne peut pas dire que cette tournée démarre sous les meilleurs augures d'autant plus que les biographies, affiches et photos du groupe ne parviendront que très tard à certains promoteurs amputant le groupe d'une promotion déjà bien bâclée. Mais qu'à cela ne tienne, le premier concert de Lyon a bel et bien lieu. Le groupe est accueilli par un représentant de Phonogram qui a fait le voyage exprès depuis Paris pour féliciter et remercier Status Quo de ses ventes françaises (Un peu plus de 100.000 disques en ajoutant les deux albums et les deux singles). Seulement voilà, en ce palais d'Hiver, il n'y a guère plus de 400 personnes à headbanger au son du Quo. Sitôt le concert terminé, Status Quo rentre sagement (et oui !) à l'hôtel, le train pour Bordeaux, deuxième ville visitée est prévu à 9 heures, le lendemain matin. Le lendemain, à l'Alhambra de Bordeaux, le groupe joue devant 900 personnes. C'est une salle vieille et sale mais c'est la seule qui accepte d'accueillir des groupes de rock. Des roadies sont obligés de tenir les amplis qui menacent de tomber à tout moment tellement l'ambiance est euphorique ! Idem que la veille, le groupe regagne l'hôtel sagement, déclinant même les offres d'une boîte locale. Le vendredi 5, à Poitiers, 600 personnes assistent au concert. La soirée du 6 étant donc libre, le groupe se retrouve avec ses roadies dans la chambre de ces derniers à consommer quelques alcools. Alors que les prévisions les plus pessimistes annonçaient environ un millier de personne pour le concert prévu le samedi, l'assistance ne s'élève qu'à seulement 350 personnes, à Faches-Thumesnil. On ne peut pas dire que le report ait été bénéfique. A indiquer, néanmoins, qu'il ne fut pas, non plus, réalisé dans les meilleurs conditions, la presse ne reliant que peu l'information alors que certaines radios refusèrent même carrément de la mentionner sous prétexte qu'elles ne furent pas partenaires du projet. Sur place, en ce samedi soir, un bon millier de personnes attendirent devant la salle, dubitatifs et impatients ! Finalement, en colère, un bon nombre d'entre eux quittèrent les lieux avant qu'un émissaire ne fut envoyé sur place pour informer le peu de personnes restées. Incohérence et négligence furent à l'origine du peu de monde présent le dimanche soir. Seulement, voilà, même si l'affluence est maigre, le groupe se défonce sans compter distillant même deux rappels à chaque concert. La première tournée française de Status Quo est donc un semi-échec mais effectuée dans des conditions particulières jumelant deuil national et promotion inadaptée, le groupe s'empresse de relativiser en promettant de revenir en des circonstances plus favorables. Le magazine Extra, à qui il ne reste malheureusement que deux ans de vie, qui accompagne la formation pendant ces quatre jours publie un article intitulé simplement 'Status Quo en tournée' dans son numéro de juin. On y apprend, sommairement, que Status Quo est accompagné de cinq roadies, que le matériel est véhiculé à l'aide de deux camions et que le groupe a failli se faire arnaquer dans un restaurant bordelais, la note ayant été exagérée de 25 %. Rock & folk assiste au concert de Lyon et donne un avis plutôt positif sur la prestation de Status Quo. C'est le premier vrai article rédigé par le magazine, sur le groupe. Il aura fallut attendre près de deux ans après son éclosion ! Le célèbre magazine de rock souligne la formidable cohésion du groupe ainsi qu'une certaine originalité.


Best (1974)
Best (1974)

Vogue édite, dans le même laps de temps, un single enregistré en 1970 chez Pye, 'Spinning wheel blues' avec 'Tune to the music' en face B, qui passe totalement inaperçu. Le choix de ce titre peut, pour le moins paraître surprenant. Conjointement, arrive en France, l'album 'Quo' qui connaît immédiatement un grand succès dans notre pays. Il faut bien admettre que la critique française n'est pas étrangère à cette réussite. " La musique de Status Quo est étonnamment régénérante ". " Gras et lourd, suintant, épais, le rock de Status Quo est toujours aussi réjouissant et dispensateur d'énergie. Qui s'en plaindrait, d'ailleurs ? Les talents de Status Quo ne se limitent pas seulement à l'élaboration d'un rock tanné par douze années de peines infructueuses, si ce n'est pour la qualité de leur musique. Des morceaux de blues et de country parsèment cet album riche et varié en perles de différentes provenances. " La presse spécialisée ne se prive pas d'encenser la nouvelle galette du groupe. C'est d'ailleurs ce disque qui implante véritablement Status Quo en France par ses fréquents passages radios car même si la reconnaissance est là et bien là, le succès se fait un peu tirer l'oreille et il faut attendre la seconde moitié de l'année 1974 pour voir la popularité du groupe, réellement grandir. L'album est classé n°20 des ventes, en France (source : Infodisc). Le single 'Break the rules', entré le 2 juillet, monte à la 31ième place du top singles (source : infodisc) et on le retrouve positionné dans divers classements pendant 15 semaines (30.000 exemplaires vendus). Le 13 août, il atteint son sommet au hit parade RTL en se positionnant en 19ième position. En cette année, cette gratitude du public français se matérialise dans le sondage annuel du magazine Best où Status Quo se classe 7ième dans le cœur des Français et passe le cap de groupe espoir à groupe confirmé. 'Quo', qui n'est évidemment pas étranger à ce succès, demeurera pendant longtemps l'album préféré des Français. 'Je sais que 'Quo' a eu plus de succès que 'Hello' en France et que les Français le préfèrent toujours. Mais cela doit être une question de mentalité, il est davantage fait pour vous. C'est comme l'habillement. Ce qu'un Français porte avec naturel apparaîtra comme une marque de prétention chez un Anglais. C'est la même chose pour 'Quo'. A l'image de ce dessin un peu stupide qui est sur la pochette, il est peut-être trop prétentieux pour nous, mais vous plaît à vous'. Cette étrange explication est signée Francis Rossi et est publié dans le Best de décembre 1980. Vogue édite une compilation de la période 'Pye' nommée 'Encore'. La pochette montre Lancaster et Rossi en pleine action au festival de Reading en 1973.


En décembre 1974, le magazine Extra décrit Status Quo comme un groupe d'une merveilleuse simplicité, un groupe enfin sympathique qui a enfin compris que le rock'n'roll est quelque chose de très simple. Il est alors évoqué la future tournée du mois de janvier suivant. L'année 1974 est une année d'implantation pour Status Quo. Le groupe n'est plus anonyme et il est maintenant aisé de trouver 'Piledriver', 'Hello' et 'Quo' chez les disquaires. Après l'Angleterre, l'Allemagne, la France est le troisième pays conquis ... 


Break the rules (pressage français)
Break the rules (pressage français)