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Le travail de compositions

C'est seulement après quatre années d'existence que le groupe commence, réellement, à écrire ses propres chansons. Certes, tout ceci est encore timide et c'est, surtout, Alan Lancaster qui s'y colle en premier, de par sa formation musicale plus développée que les trois autres. Il a décroché, quelques temps auparavant, son O level (l'équivalent du B.E.P.C français) avec l'option 'musique'. C'est certainement le plus apte à accoucher d'un morceau qui tient la route. Pourtant, ses travaux ne se montrent guère convaincants. Non pas que son premier morceau 'Don't cry when you're alone' soit mauvais mais c'est une composition sans relief, banale comme il en existe des centaines dans le monde musical de cette époque dominée par les Beatles, les Stones ou encore les Kinks. C'est pourtant, à nouveau lui qui prend sa plume pour écrire le premier single 'Hurdy gurdy man' sans aucun succès ! Avec le changement de nom (Traffic puis Traffic Jam), Francis Rossi sur qui se portent les espoirs de la maison de disques, prend le relais d'Alan. A cause de paroles trop suggestives, 'Almost but not quite there' est enterré par la B.B.C avant même sa sortie, le 16 juin 1967. Coghlan et Lynes ne composant pas, le jeune groupe semble se retrouver dans une impasse. Alors, la maison de disques oscille entre désir d'imposer des reprises ou de donner sa chance aux compositeurs pour les faire connaître. Cette chance, Rossi va la saisir lorsque, à l'automne de l'année 1967, il écrit 'Pictures of matchstick men'. C'est un véritable coup de génie, il tient là, son titre qui doit permettre de le faire connaître, de sortir son groupe de l'anonymat. C'est le premier succès du groupe et quel succès ! Plus de 300.000 exemplaires vendus en Grande-Bretagne, 500.000 aux Etats-Unis, les ventes mondiales dépassant largement le million d'exemplaires. Avec ce titre, Status Quo est considéré comme l'égal des plus grands groupes de la scène anglaise ! La machine est lancée et Rossi s'impose comme le leader naturel. Il connaît l'importance du prochain single. Il déclare d'ailleurs au magazine New Musical Express : 'Un hit ne fait pas un groupe. La chose qui nous rend le plus inquiet est de n'être que le groupe d'un seul hit ! Une formation comme les Tremoloes est bien implantée et peut se permettre d'avoir un flop et de rebondir. Pas nous. Si notre prochain single fait un bide, il se pourrait que nous en restions là !'


C'est, pourtant, avec un immense sentiment de confiance que sa seconde composition 'Black veils of melancholy' , écrite à l'identique de 'Pictures' est choisie comme nouveau single. Mais, ce titre ressemble trop au premier et les gens ne l'achètent pas ! Le score est minable ! Retour à la case départ. Francis s'est planté ! Afin de muscler et de donner plus de qualité au premier album, trois compositions du duo de compositeurs Wilde et Scott sont insérés. L'un des trois, 'Ice in the sun' est choisi comme le single qui doit relancer la carrière du groupe. Et c'est un succès (n°8 en Grande-Bretagne) au grand damne des cinq jeunes musiciens qui voient leur créativité remise en cause par leur maison de disques. Le dernier arrivé, Rick Parfitt ne semble pas en mesure de créer. Pour le moment, il apprend à jouer le répertoire de son nouveau groupe et il y consacre tout son temps. Une fois cette tâche accomplie, il s'allie, timidement, avec Francis Rossi pour l'album 'Spare parts'. Le duo donne vie à trois titres de bonnes factures, 'Poor old man' et à un degré moindre 'Little miss nothing' et 'Face without a soul' (avec de plus de grasses guitares montrant une certaine tendance dans l'orientation musicale). Alan Lancaster écrit, lui, avec Bob Young ou Roy Lynes. 'Alan Lancaster fut le premier avec qui j'écrivis un morceau. J'étais au volant et il me demanda pourquoi ne composerait-on pas ensemble ? C'était à la fin de l'année 1968. Et c'est ce que nous avons fait, nous avons écrit un morceau, enfin en quelque sorte car c'était un morceau affreux, vraiment mauvais intitulé 'Antique Angélique'' et sur le second album j'ai du écrire trois ou quatre morceaux' se remémore Bob Young. Ces combinaisons demeurent aussi médiocres qu'improductives. Alan, Francis, Rick ou encore Roy ne sont pas, réellement, à l'aise comme compositeurs psychédéliques. Young, plus attiré par le blues et la country, non plus. Il faut vite passer à autre chose sous peine de mourir.


Bob Young et Francis Rossi (1973)
Bob Young et Francis Rossi (1973)

L'émergence des années 70 voit un nouveau style de musique se profiler : Le hard-rock. Dès 'Ma kelly's greasy spoon', Quo va s'engouffrer dans ce créneau en se démarquant, néanmoins, des productions courantes. Rock, oui ! Mais avec ce qu'il faut de dose de blues et de boogie pour être original à défaut d'être génial ! Ceci devrait leur permettre d'évoluer et de démontrer leur talent de compositeurs. Le duo Rossi/Young, très complémentaire, monte en puissance pour devenir jusqu'en 1975, les piliers de la composition au sein du groupe. Timidement commencé avec 'In my chair', le couple écrit ou co-écrit les cinq singles à succès de la période 1972-1975. Excepté sur l'album Quo, Rossi participe à 70% à l'écriture (Outre Young, il compose quelques titres avec Parfitt). 'Des gens me demandent, souvent, pourquoi j'écrivais plus avec Bob qu'avec Rick ou les autres. Pour être honnête, la réponse est que je créais du meilleur matériel avec lui, qu'il y avait ce petit quelque chose qui me mettait à l'aise. Peut-être parce qu'il n'était pas dans le groupe. Il était très ouvert d'esprit et n'avait pas peur de se lancer dans des choses nouvelles, d'essayer ! Alan n'aurait jamais pu écrire de cette manière. Rick, lui, aurait, certainement, pu mais il avait ce côté très rock'n'roll. Tandis que Bob et moi, nous nous amusions avec le blues, la country, la pop. Nous prenions un bout de chaque, les mélangions comme si on faisait un râgout'. 'On se partage les textes et la mélodie. Nous avons une manière d'écrire qui fonctionne bien entre nous et qui n'a pas vraiment changé depuis presque 40 ans. On est simplement là, à discuter d'un peu de tout, on regarde la télé ensemble sans rien faire de spécial. Francis à toujours une guitare posé sur ses genoux. Il gratouille et je fredonne... On sent quand on commence réellement à composer une chanson et c'est super quand on a quelque chose qui commence à prendre réellement corps. Francis a vraiment d'excellentes idées et trouve toujours de supers séries d'accords. On a toujours enregistré les idées de base sur un simple magnéto à cassettes, qui a bien vécu, et on voit ensuite quand on a suffisamment dégrossi le travail pour emporter ça en studio et réaliser une maquette qui tienne la route' explique Young.


Francis et Alan en studio (1974)
Francis et Alan en studio (1974)

Si Rossi et Young sont les maîtres dans l'art de l'écriture, ils sont, néanmoins, parfaitement, secondés par le duo Parfitt/Lancaster, dont les compositions plus frustres, donnent du volume aux albums. C'est ainsi que l'album 'Quo', que l'on peut considérer comme une parenthèse dans la carrière du groupe, est et restera le disque le plus hard. 1975 marque, pourtant, la fin de cette fructueuse collaboration puisque aucun des titres présents ne sont signés par ce même duo. 'Les meilleurs titres, en général, c'étaient ceux que le groupe écrivait ensemble. Rick et moi écrivions ensemble mais il a changé d'avis et il s'est mis à écrire avec Bob Young. Je ne sais, cependant, pas pourquoi son nom a fini par figurer sur 'Blue eyed lady', celle-là, je l'ai écrite en Australie, c'est assez marrant, quand j'ai rencontré Dayle. confie Alan Lancaster à l'association QuoFrance. En 1976, 'Blue for you' est, certainement, un album de transition. En effet, on peut considérer qu'il représente un compromis entre l'ancienne et la future approche. Il aura fallut attendre dix ans depuis les premières écritures du groupe pour voir apparaître des morceaux signés Lancaster/ Rossi. Malgré la qualité des deux morceaux 'Rolling home' et 'Is there a better way', la collaboration ne sera pas renouvelée, les deux s'éloignant, petit à petit, musicalement. Ce n'est pas pour ça que Francis retourne avec Bob Young. En effet, le guitariste soliste de Status Quo, doucement mais sûrement, s'éloigne de la musique qu'élabore, à l'époque, le groupe. Son attirance vers la pop le pousse, naturellement, vers Bernard Frost dont la première collaboration avec Status Quo remonte à 1972 et l'album 'Piledriver' où il a écrit 'A year' avec Alan Lancaster. Mais, en cette année de sécheresse, 'Rain' marque le début de la domination de Rick Parfitt qui va durer jusqu'en 1979. Il compose six des huit singles issus de cette période, les deux autres étant des compositions extérieures au groupe. Lancaster ayant émigré en Australie et Rossi ayant jeté son dévolu sur Frost, Parfitt se tourne vers Andy Bown et les deux composent, ensemble, pour la première fois sur l'album 'If you can't stand the heat'. Andy semble être le parfait complément de Rick. Comme ils l'ont souvent admis, les deux écrivent avec de l'alcool à profusion et de la cocaïne qui accroît, considérablement, leur créativité musicale.