Vienne 1976


Magazine 'Best' (1976)
Magazine 'Best' (1976)

Le 28 mars 1976, Status Quo effectue son 'Blue for you' tour et donne un concert à Vienne en Autriche. Le lendemain, le groupe doit se produire à Stuttgart et quitte son hôtel pour se rendre à l'aéroport. Seul John Coghlan manque à l'appel. 'Je n'étais pas à avec eux car j'avais décidé de me rendre au prochain concert avec ma Range Rover. Quand ils sont arrivés pour le concert suivant, ils ne semblaient pas en état et je leur ai suggéré d'annuler le concert. Francis a répondu qu'ils ne pouvaient faire ça. Il avait raison. Les fans avaient acheté les tickets et venaient nous voir. Nous devions faire cet effort'. 'Rick, Alan et moi avons quitté le Hilton afin de nous rendre à Stuttgart. John Coghlan était parti ailleurs ce qui nous plaisait beaucoup parce qu'il était dans un de ses mauvais jours et que ce n'était pas le moment, ni marrant, d'être avec lui.


Quand nous sommes arrivés à l'aéroport, nous avons vu Rick Wakeman et son groupe et nous avons quelque peu discuté. Nous étions en bas des escaliers et au sommet, il y avait un jeune gars, coiffé d'un chapeau, et armé d'un revolver. J'ai dit à Rick : Regarde, on dirait Benny Hill et nous avons éclaté de rire tous les deux. Comme nous n'avions pas de bagages, nous avons cru que nous pourrions montrer nos tickets et passer la barrière de sécurité sans attendre derrière tous ces gens qui faisaient la queue. Alors, nous avons agité nos tickets en l'air et essayé de passer mais là, un gars nous a crié : 'Stop, allez à la queue !' Bien sûr, nous avons obéi bien qu'il nous ait semblé que ce ne soit pas très logique. Nous avons attendu jusqu'à ce que, finalement, ce soit notre tour. Alors j'ai dit à Rick d'y aller le premier. Il y avait un petit isoloir avec un rideau. Ils ont conduit Rick à l'intérieur. Puis, j'ai vu ses habits voler à terre et je l'ai entendu me dire : 'Ca devient drôle, là-dedans'. relate Francis. Mais à l'intérieur, de cet isoloir, ce n'est pas si amusant que Rick le dit. 'Ils m'ont demandé d'enlever ma chemise. Puis, quand, ils m'ont dit d'ôter mon pantalon, j'étais embarrassé et je me sentais humilié par cet homme qui me demandait de me déshabiller dans ce petit isoloir où il y avait beaucoup de personnes. Puis, il m'a poussé sur le côté.'

Francis se souvient du moment où Rick est sorti et où il a été demandé à Alan d'aller dans cet isoloir. 'Je savais que Rick allait rester cool, aussi cool qu'on peut l'être et finalement, ils l'ont laissé. Alors, un homme montra Alan du doigt et l'appela. Dès qu'Alan arriva près de lui, ce dernier l'empoigna par le revers de sa veste. Alors, j'ai crié 'Non !' parce que je savais très bien qu'on ne pouvait pas faire ce genre de choses à Alan et en réchapper. Alan lui balança un coup et puis quand il se battait, il était rapide et les deux gars qui essayaient de le cogner n'y arrivaient pas, il était trop vif. Comparé à ce qu'Alan aurait pu faire, ils s'en tirèrent très bien.'

'J'ai entendu ce remue-ménage derrière moi, je ne savais pas ce qui se passait. Puis lorsque j'ai vu que ce qui arrivait, je me suis précipité pour essayer de le séparer d'avec les gardes. Francis a essayé de faire de même. Puis rapidement, nous nous sommes retrouvés entourés d'hommes armés avec d'énormes chiens noirs.' se remémore Rick.

'Celui que l'on comparait à Benny Hill a rappliqué rapidement. C'était un jeune gars et il pointait son arme vers nous. Il paraissait nerveux et nous pouvions voir l'arme trembler. Je me suis dit que si nous bougions, nous étions morts. Nous étions bloqués.'

C'est avec ce sentiment que Francis et les deux autres furent conduits vers une pièce de l'aéroport pour être interrogé, un par un. Après s'être fait lire leurs droits, les trois membres de Status Quo se trouvèrent en état d'arrestation.

'Rick et moi étions assis dans une pièce située à côté du bureau où avait lieu les interrogatoires. Alan fut interrogé le premier. Il n'a pas dit un mot, pas un murmure pourtant ils le battaient sous les bras, au niveau des côtes. Il était tout bleu et noir mais il ne voulait pas leur donner la satisfaction de leur montrer sa douleur'. Francis et Rick assistaient impuissants au passage à tabac de leur ami. Les interrogatoires et la garde à vue à l'aéroport durèrent environ quatre heures. Rossi, Parfitt et Lancaster étaient vraiment étroitement gardés car même l'accès aux toilettes était autorisé avec les gardes et avec l'interdiction de fermer la porte. Bob Young ne fut pas arrêté car il les suivait de quelques minutes. Cependant, il était avec eux dans cette maudite pièce de l'aéroport lorsqu'il sortit de sa poche, une cigarette afin de la griller 'tranquillement'. Il y trouva également un peu de drogue. Naturellement, il voulut s'en débarrasser ce qui était très difficile avec tous ces gardes. Alors, il l'écrasa dans un cendrier, alluma sa cigarette puis mit l'allumette dans le même cendrier et malencontreusement la drogue grilla dégageant une certaine odeur. 'Nous étions terrifiés mais par chance personne ne s'en est aperçu.' se souvient Francis.

'Finalement on nous a dit que nous passerions la nuit dans un poste de police de Vienne, derrière les barreaux. Ca n'avait pas d'importance pour eux de nous mettre en prison, Francis et moi alors que nous ne nous étions battus avec personne. Nous avons accepté d'y aller tous les trois car Bob Young, lui, n'était pas en état d'arrestation et nous savions qu'il allait faire le nécessaire pour pouvoir nous sortir de là en téléphonant à Londres. Une fois arrivés au poste de police, nous avons demandé ce qu'il allait advenir de nous et il nous a été répondu qu'il ne fallait pas nous inquiéter. Ils ont pris nos dépositions puis nous sommes partis dans une Wolkswagen, direction la prison.' souligne Rick. Dès leur arrivée, Francis, Alan et Rick sont dépouillés de leurs biens, séparés et jetés dans des cellules surveillées par des gardes. 'Il y avait deux couchettes suspendues à des chaînes. Il y avait déjà deux gars dans la cellule et je leur ai demandé s'ils dormaient sur ces couchettes. Ils m'ont répondu que oui alors il ne me restait plus qu'à dormir par terre'. Si la situation de Rick n'était pas reluisante, celle de Francis ne le fut guère plus. 'Pour moi, ce fut pareil. Les gardes marchaient derrière moi me poussant dans le dos avec leur bâton. Finalement, ils me jetèrent dans une cellule où il y avait trois personnes. Pas de couchettes pour dormir, je m'allongeais par terre. Je me réveillais vers le milieu de la nuit n'ayant aucune idée de l'endroit où je me trouvais. J'étais complètement déboussolé. Puis je me suis rendormi. A cinq heures et demie, ils nous ont réveillé pour quelque chose, dont j'espérais que ce soit du café. Ils nous l'ont versé dans des grands gobelets puis m'ont emmené dans un bureau où il y avait plusieurs personnes et entre quinze et vingt prisonniers. J'étais dévêtu et nu. Puis ils ont amené Rick, qui, en passant devant moi voulu mettre sa main sur mon épaule mais le garde le ceintura'.

Tout ce que possédaient Rick, Alan et Francis furent alors répertoriés, identifiés et mis dans des boîtes sous scellés. 'A ce moment, j'ai pensé qu'on était là pour un moment' souligne Francis. Après avoir été autorisé à prendre une douche, les trois musiciens regagnèrent une cellule différente. Rick fut enfermé avec un gars condamné pour une attaque à main armée qui purgeait une peine de 13 ans d'emprisonnement. 'Il se nommait Franz et, pour occuper le temps, m'enseigna le poker'.

Francis fut conduit dans une aile de la prison. 'Je peux vous jurer que le gars qui avait la charge de cette partie de la prison ressemblait à Ernest Borgnine, dans un de ses rôles de méchant. Lorsqu'il m'a vu arriver, il s'est mis en colère disant qu'il ne voulait pas de moi dans ses cellules, en tout cas pas avec mes cheveux si longs. Personne ne voulut contrarier ce type et je fus conduit dans une autre aile de la prison, dans une nouvelle cellule dont la porte restait ouverte. Je trouvais çà drôle. Puis, j'ai vu qu'il y avait un jeune homme comme moi qui avait les cheveux aussi longs. Alors, je me suis dit : Super, un esprit jeune.' Il y avait également un vieil homme qui semblait être ici depuis une trentaine d'années. Il me faisait penser à Chuck Berry. La bière lui avait gonflé le ventre et il semblait qu'il n'aimait pas du tout mon look. Malgré tout, il paraissait sympathique. Le jeune homme finit par me sourire, en s'asseyant sur un banc, commençant à jongler avec une balle. Alors, j'ai pensé : Oh, non ! Pas çà ! Finalement, j'ai fini par m'assoupir lorsque le vieil homme me réveilla en me criant : Tu es libre, tu es libre ! On avait parlé de nous à la radio et les autres avaient compris. Je n'étais pas vraiment sûr si je devais le croire ou pas. On nous a donné à manger quelque chose qui ressemblait à de la merde de chien, un drôle de mélange de saucisse et de pain qu'ils jetèrent sur le sol. Lorsque j'ai vu les punaises grimper sur le pain, çà m'a dégoûté et je n'ai pas mangé une miette'.

C'est pratiquement au même moment que Rick, apprit qu'il allait être libéré. 'C'est Franz qui me l'a dit. Il l'avait entendu à la radio, également. Mon cœur s'est mis à battre fort. J'avais pourtant du mal à croire qu'il disait la vérité. Pourtant, notre compagnie de disques avait payé la caution l'après-midi. Quand Alan, Francis et moi marchions dans les couloirs avec les gardes, on entendit un bruit assourdissant. Tous les prisonniers tapèrent leur gobelet métallique sur les barreaux. Ils avaient entendu parler de nous à la radio et la plupart d'entre eux étaient des fans du groupe. La prison entière nous applaudissait. Nous sommes repartis à l'aéroport afin de prendre un avion. Peu de temps avant, nous étions en prison et là, nous voyagions en première classe. C'était super, incroyable !'

Le montant de la caution fixée à 3000 Livres fut donc payé, dès que possible. Il est singulier de se demander ce qu'il serait advenu de Francis, Rick et Alan si Bob Young avait été lui aussi arrêté car c'est bien lui qui se démena, toute la nuit, pour libérer ses copains. 'Ce fut notre chance' déclara Rick, lors d'une interview datant de 1993. Mais, tout n'était pas terminé. Le 17 janvier 1977, Rick, Alan et Francis furent convoqués devant la Cour de Vienne pour y être jugés. 'Nous n'avions pas de tailleurs, à l'époque. J'avais emprunté une cravate. Rick était pareil. On nous avait conseillé de nous faire couper les cheveux mais il n'en était pas question. Deux femmes étaient assises aux côtés du juge et elles se moquaient de notre tenue vestimentaire'. C'est en ces termes que Francis plante le décor du procès.

'Marietta était venu avec nous car elle comprenait l'allemand et était en mesure de nous dire ce qui se passait. Nous avons tous donné notre version des faits et le gars qu'Alan avait cogné clamait haut et fort qu'il avait eu une fracture du crâne et souffrait de sévères maux de tête. Pourtant, notre médecin qui l'avait examiné n'avait rien trouvé d'anormal.' se souvient Rick.

Lors du procès, bien que le juge avait, dans la tête, que Francis et Rick avaient, eux aussi, déclenché la rixe de l'aéroport, le cas d'Alan fut plus épluché. 'Il n'essayait pas d'être plaisant ni de sauver sa peau. Pour lui, ce qui s'était passé à l'aéroport, ce n'était rien !' explique Francis.

Le procès se déroulait dans une atmosphère assez hostile pour les trois musiciens, un policier accusant même Rick de l'avoir frappé alors que le blond guitariste eu juste essayé de mettre fin au combat de l'aéroport en s'interposant. Les charges sont très fortes à l'encontre d'Alan Lancaster. Il est accusé de coups et blessures prémédités sur un agent de la force publique en activité. Il risque jusqu'à un an de prison. Que va devenir le groupe si la sanction est prononcée ? Mais avant de se rendre à ce procès, tout ce petit monde et le management se sont renseignés sur les peines encourues. Il semblerait que trois mois de prison soit la sanction à laquelle tout ce petit monde est en droit de s'attendre.

'A la fin du procès, nous étions alignés devant le juge qui parlait en allemand. Je me tournais vers Marietta pour essayer de comprendre ce qui allait arriver. A ce moment, le juge pris son chapeau noir et se le mit sur la tête. J'ai vu Marietta baisser la sienne. Je me suis dit que le jugement allait être rendu. Bon, nous n'étions pas condamné à la guillotine mais certainement à trois mois de prison. Tout compte fait, le juge ne nous déclara pas coupable d'avoir agressé un policier parce que son badge était sur sa ceinture cachée par sa chemise et sa veste, donc il était impossible pour nous de savoir qui il était. Cependant, nous avons été reconnu coupable de rébellion et de fauteurs de trouble à l'aéroport. Je pensais à ces trois mois de prison. J'étais dévasté.' affirme Rick.

'Je n'écoutais plus rien. Pourrais-je amener ma guitare dans ce trou ? Comment pourrais-je passer trois mois là-dedans ?' Les idées qui traversèrent l'esprit de Francis étaient évidemment animées du pessimisme le plus grand lorsque le juge sortit sa calculette afin de transformer la peine de prison en amendes. Les trois amis l'avaient échappé de justesse. Les contraventions furent payées sur le champ et la liberté retrouvée. Rick et Francis durent s'acquitter de 800 Livres chacun. Alan lui, dut payer 1.600 Livres car il fut reconnu être à l'origine de cette rixe.

De retour à Londres, le groupe et Colin Johnson déclarent vouloir faire appel de cette condamnation trouvant les amendes beaucoup trop fortes. 'Certains aspects de ce jugement ressemblaient à une farce. Nous sommes dégoûtés par le consulat britannique ne voulant pas nous assister parce que le jugement avait lieu trop tôt le matin' déclarent-il. C'est pourtant certainement l'intervention discrète de ce même consulat qui empêchera la sanction pénitentiaire pour Alan et peut-être aussi les autres.


Parfiff, Rossi et Lancaster à leur sortie de prison
Parfiff, Rossi et Lancaster à leur sortie de prison

'Je pense qu'ils cherchaient de la drogue mais nous ne sommes pas assez stupide pour avoir ça alors que nous passions la douane'. renchérit Parfitt.  'Je savais que notre cas était réglé d'avance quand j'ai vu le juge sortir sa calculette pour déterminer nos amendes avant même que la défense fasse son discours final'. 'Lorsque nous sommes revenus à Vienne pour y donner des concerts, nous prenions un avion privé. 


Le gars avec qui Alan s'était battu était là. Il avait été promu et était au bureau. Cependant, il nous a vu au terminal de cet avion privé. Nous sommes partis, nous regardant et sans dire un mot'. raconte Rick. Francis, Rick et Alan ont toujours déclaré qu'ils n'oublieraient jamais cette expérience. Laissons-leur le mot de la fin. 'Je n'oublierais jamais cette vision. Les immenses portes de la prison se refermant. Isolés, déshabillés, c'était horrible, vraiment horrible'. (Rick) 'Il m'arrive de rêver de çà, encore. C'est probablement l'expérience la plus effroyable de toute ma vie'. (Francis)


Rossi, Lancaster et Parfitt au tribunal
Rossi, Lancaster et Parfitt au tribunal