Never too late tour (06/03 au 03/06/1981)

Les répétitions (février 1981)
Les répétitions (février 1981)

Janvier 1981. 'Quo British tour', 'Quo sold out', 'Quo add dates' titre la presse anglaise. La couleur est annoncée. Enfin, Status Quo est de retour ! S'il est un groupe qui fait la une de l'actualité rock, en ce début d'année, c'est bien le Quo !  Pendant ce temps, la formation s'entraine, intensément, pendant près de trois semaines, d'abord au studio Nomis de Londres puis au théâtre Odéon de Kilburn, dans la banlieue sud de la capitale anglaise. C'est donc le 6 mars 1981 au Coliseum de St Austell, qu'est prévue commencer cette tournée intitulée 'Never too late tour'. La set-list proposée et qui sera la même pendant toute la tournée est la suivante : Caroline, Roll over lay down, Backwater, Little lady, Don't drive my car, Whatever you want, Hold you back, Something' bout you baby I like, Rocking all over the world, Over the edge, What you're proposing, In my chair, Dirty water, Forty five hundred times, Big fat mama, Don't waste my time, Roadhouse blues, Rain, Down down et Bye bye Johnny. Les concerts britanniques du mois de mars auront droit en plus à Rock'n'roll. Ce titre ne rencontre pas un succès extraordinaire en concert et est exclu de la set-list, dès le premier concert continental à Rouen, le 24 mars 1981. 


Cet impressionnant tour de soixante-six dates peut être considéré comme un tour à part pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il marque le retour de Status Quo sur scène après plus de vingt et un mois d'absence, leur dernière apparition scénique datant du 1er juillet 1979 au festival de Dublin. Ensuite, c'est le premier tour de Rick Parfitt depuis le décès de sa petite Heïdi en août 1980 et le dernier de John Coghlan. 'Au début, tout le monde me parlait avec des gants. J'en avais parlé avec Marietta et elle avait le sentiment que la meilleure des choses pour moi était de retravailler. Elle avait raison car cette tournée m'a vraiment sauvée'. Enfin, parce que c'est la première tournée qui a pour but de promouvoir deux albums, à la fois : 'Just supposin' et 'Never too late' sortis respectivement en octobre 1980 et mars 1981.

C'est également la première tournée mise sur pied par Iain Jones qui remplace ici Bob Young. Francis Rossi semble satisfait de voir Jones diriger les tournées de Status Quo. Explication signée Lancaster : 'C'est Francis qui a choisi Jones comme tour manager. Je ne l'appréciais pas réellement. Il y avait quelque chose en lui que je n'appréciais pas sans savoir trop dire quoi. Cependant, je pensais que je n'avais pas à le juger et que c'était probablement un type bien. Il est évident que Francis et Iain devinrent de grands amis en même temps que ce dernier devint notre tour manager et ça a causé encore plus de frictions au sein du groupe'. De plus, la tournée est annoncée alors que des rumeurs de séparation de plus en plus persistantes nourrissent les fans les plus pessimistes. Rick Parfitt rassure tout ce petit monde à l'aube de démarrer la tournée en déclarant : 'Nous n'avons pas travaillé depuis plus de 18 mois mais nous sommes tous contents. Ca aide d'avoir du succès et un nouveau hit. Je ne me souviens pas combien de fois, sérieusement, je me suis dit, j'en ai assez, j'arrête, je quitte le groupe. Mais, la journée suivante, c'était oublié. Je serais perdu sans le groupe, c'est ma vie. Pas seulement le groupe mais les fans aussi. Et puis nos relations à l'intérieur du groupe n'ont jamais été aussi bonnes.' Cet extrait pris dans la presse anglaise a de quoi apaiser les fans se voyant déjà orphelins de leur groupe favori.



Afin de mener à bien sa mission qui est de donner du bien être aux fans, le groupe répète énormément car un an et demi sans jouer ensemble apporte son lot de problèmes et d'incohérence musicaux. 'Nous avons répété pendant quelques semaines, je ne sais plus très bien pendant combien de temps mais certainement pas assez. De plus, il est très difficile de répéter comme nous le faisons. J'ai vite eu les poignets et les bras douloureux' précise Rossi. Le 21 décembre 1980, il est possible de réserver ses places pour les deux premiers concerts de St Austell des 6 et 7 mars 1981. Les locations pour les autres concerts en Grande-Bretagne commencent quatre jours avant, le mercredi 17 décembre, et rapidement la folie s'empare des guichets, et les tickets coûtant entre 5 et 6,50 £ sont nettement insuffisants en nombre. Devant une telle demande, le management du groupe se voit obligé de rajouter une date, le 12 mars, à l'Hammersmith d'Odeon où deux concerts étaient déjà initialement prévus les 13 et 14 mars. Seules six places par personne sont disponibles uniquement auprès de l'Odéon et nulle part ailleurs! Mais les demandes sont telles qu'il est décidé de donner une quatrième date le 11 mars. Ces quatre soirées sont terribles, torrides. L'Hammersmith d'Odéon est une salle où Status Quo se sent chez lui. Pourtant, à la fin du dernier concert, Iain Jones décide de se passer des services de pratiquement la moitié des dix-huit roadies qu'il juge incompétents. Le concert du Nec de Birmingham du 21 mars voit toutes ses places vendues en quelques jours. Un second concert est donc planifié le lendemain où les places ne peuvent être réservées que par correspondance. Mais ces trois concerts supplémentaires sont nettement insuffisants pour satisfaire une demande laissant les organisateurs stupéfaits.


Le management est conscient que, malgré le rajout de ces dates, bon nombre de fans ne pourront aller saluer leurs vedettes en Angleterre mais les dates continentales sont planifiées depuis le début de l'année et il est impossible de rajouter, à nouveau, des dates en mars. En février, il est finalement décidé de donner sept dates supplémentaires en Grande-Bretagne au mois de mai. C'est dans cette euphorie extraordinaire que, le 6 mars au Coliseum de St Austell, Status Quo inaugure son nouveau jeu de lumière spécialement acquis pour cette tournée. 'Et quel retour !' titre la presse anglaise. Cependant, le groupe est aux prises avec quelques problèmes avec son nouveau matériel scénique notamment son jeu de lumière. Et puis, physiquement, Status Quo se ressent de ces vingt et un mois d'inactivité scénique, le groupe n'est plus rôdé. John Coghlan termine le concert avec des ampoules dans les mains et joue les trois derniers morceaux à l'énergie. Pendant la nuit suivante, Alan Lancaster est en proie à des problèmes auditifs alors que le lendemain matin, Francis Rossi peine à se lever à cause de courbatures.


22.000 personnes assistent aux deux derniers concerts au NEC de Birmingham, les 21 et 22 mars. Deux jours plus tard, Status Quo entame la partie continentale de sa tournée à Rouen. Le groupe visite divers pays européens, donne, entre autres, treize dates en France et quinze en Allemagne. Huit dates sont données en Italie où Status Quo espère conquérir ce frileux marché qui a quelque peu frétillé avec 'Whatever you want' et 'What you're proposing'. Le groupe donne ses premiers concerts au Portugal et est victime de graves incidents lors du concert de Rome ou une torche enflammée atteint Parfitt de plein fouet. La formation, unanime, décide d'arrêter la représentation après que Lancaster se montra menaçant avec un photographe, à l'aide de sa basse. 'C'était très dangereux de jouer là. Il y avait 5.000 personnes à l'intérieur et 3.000 dehors qui voulaient entrer sans payer. 'Nous ne paierons pas pour de la musique' clamaient-ils. Certains sont parvenus à entrer et l'un deux a mis le feu à une serviette entourant du papier. Il l'a lancée en notre direction et a atteint Rick. Alors nous avons quitté la scène' précise Rossi. Le groupe clôture la partie continentale de sa tournée par neuf dates françaises avant de donner ses sept concerts britanniques supplémentaires.


Malheureusement, la voix de Parfitt, lequel se donne sans limite à chaque concert, n'a pas résisté à tous ces concerts, soir après soir. Ce sont Lancaster et Rossi qui le secondent au chant mais le 30 mai, à Chester, ses deux compagnons se voient obligés de prendre en charge le répertoire vocal de Rick, ce dernier étant devenu aphone. Malgré ces élans de solidarité, il est facile de constater que le groupe a mal vieilli depuis 1979, année de ses dernières exhibitions scéniques. Parfitt est diminué, mentalement et physiquement. Il ne s'est pas complètement remis de ses problèmes au genou mais pour satisfaire ses nombreux fans, l'homme puise jusque dans ses dernières forces. On ne ressent plus chez Rossi cette joie de jouer qu'il avait pourtant encore deux ans auparavant et ne manifeste aucune jubilation à être avec les autres comme en témoigne la cérémonie de remise des disques d'or, à Rouen, où il est étonnamment aux abonnés absents. Les deux guitaristes sont en dedans, indéniablement. Coghlan se sent de moins en moins concerné. Seul, Lancaster est égal à lui-même mais dans son rôle de bassiste lourd, ce n'est pas lui qui déclenche la joie de vivre sur scène. Malgré les déclarations rassurantes du groupe, l'entente n'est pas au beau fixe et une certaine discorde est palpable notamment entre John Coghlan et Francis Rossi. Peu confiant en son batteur, il n'est pas rare, pendant cette tournée, de voir Rossi, après le soundcheck, s'infiltrer furtivement sur scène afin de vérifier si les peaux de la batterie sont correctement tendues. Les deux ne s'adressent plus guère la parole et John donne d'ailleurs, son dernier concert avec Status Quo, le 3 juin au Gaumont théâtre de Southampton. Ce tour aura réuni plus de 250.000 personnes.