France 1988 - 1991

1988 nous amène une nouvelle galette nommée 'Ain't complaining'. La critique est mitigée comme le montre ce texte de Philippe Lacoche, journaliste à Best. 'Le combo se chercha parfois dans les méandres peu recommandables d'un soft-rock ou le clavier tentait de faire taire les guitares. Mais le boogie d'origine, virus tenace, persistait dans le répertoire. Cette dualité, on la retrouve encore ici, sur ce dernier album qui balance entre le très bon ('Ain't complaining', boogie swing dans la grande lignée Status Quo), le moyen ('Cream of the Crop', rock rapide bien enlevé mais déjà vu) à l'insuportable ('One for the money', son fouilli, entaché de synthés bavards, aseptisés, ou bien le fade 'The loving game'). Et puis, agréable surprise, même quand le Quo oublie qu'il est le Quo, prince du boogie torride, il sait faire dans le beau et le subtil. 


C'est le cas pour deux morceaux étranges, 'Another shipwreck' et 'Burning bridges' équipés, tous deux de mélodies nuancées, adroites et qui rappellent, par leurs ambiances très rythm'n' blues british, certains titres du Procol Harum des débuts, quand la divine formation de l'incompris Brooker s'adonnait furtivement à ce style. Là, le Quo est carrément étonnant et fichtrement séduisant. On en vient même à ne pas lui reprocher de ne pas recopier le Quo qu'il aurait dû toujours être'. L'album ne rencontre qu'un succès d'estime dans notre pays, bien loin des résultats de son prédécesseur. Les singles 'Ain't complaining' et 'Burning bridges' qui ont pourtant marché correctement, en Angleterre ne sont pas édités dans l'hexagone. Phonogram France préfère, en substitution, mettre en vente deux singles sirupeux, 'Who gets a love' et 'I know you're leaving'. Pourquoi ? La réponse est simple. Ces deux productions se rapprochent du titre 'In the army now' et la maison de disque pense flairer, à nouveau, un bon coup commercial. L'erreur est manifeste et les deux singles ne se vendent qu'à quelques centaines d'exemplaires.

Pourtant, il est prévu une tournée de promotion qui doit se dérouler du 2 au 11 décembre. Auparavant, Status Quo donne, le 18 novembre, un concert à Pau devant quelques trois cents personnes seulement, ceci précédant la tournée espagnole. Huit dates sont donc programmées (Millau, salle des fêtes, le 2, Nice, théâtre de la Verdure, le 3, Toulon, espace culturel, le 4, Grenoble, Summum, le 6, St Etienne, palais des sports, le 7, Paris, Zénith, le 8, Mulhouse, Phénix, le 10 et Lille, espace de la foire, le 11). Malheureusement, Andy Bown est atteint d'une pneumonie en Espagne et la tournée française est purement et simplement annulée. Telle est la cause officielle de la suppression. Pourtant, des rumeurs circulent rapidement selon lesquelles les ventes de billets auraient été très insuffisantes pour rentabiliser ce tour ! Le manque de fréquentation du concert de Pau semble accréditer cette thèse. Finalement, la maladie de Bown semble satisfaire tout le monde sauf les quelques fans français se voyant dans l'obligation de se faire rembourser les billets et frustrés de ces annulations. Quo de nouveau aux oubliettes en France ? 'In the army now', juste un feu de paille ? C'est évident d'autant qu'il faudra attendre quatre ans pour revoir le groupe fouler une scène française.

'Perfect remedy' qui sort, en France, en 1989, n'est pas épargné par la critique, c'est le moins qu'on puisse dire. 'Perfect remedy, dont l'inspiration est aussi tarie qu'une oasis du Sahel, est aussi dynamique qu'une vieille baudruche dégonflée. C'est aussi rentre dedans que du Richard Clayderman plagiant du ZZ Top dans un pub irlandais. " " les papies du boogie sont vraiment, très, très fatigués. Ce Perfect remedy n'est vraiment que l'ombre de Status Quo, une vulgaire auto-parodie où on les croirait tous à deux de tension. Ils ont dû avoir une dérogation pour sortir de l'hospice où ils coulaient des jours heureux pour pouvoir aller enregistrer'. 'On ne dira plus boogie mais bouillie lorsque le nom de Status Quo sera prononcé'. Ces passages recueillis dans la presse française démontrent bien à quel point ce disque fût cassé et même les plus ardents défenseurs du groupe hésiteront à prendre position en sa faveur.  Les années 1989, 1990 et 1991 sont vierges de tous concerts en France. Comment peut-on expliquer que le groupe, si populaire des années 70, abandonne un pays qui était, pour lui, le troisième marché ? La raison en est simple. En 1989, David Walker prend en main la destinée de Status Quo dont les finances sont très basses. Il tend à privilégier les sources qui lui amèneront, rapidement, des gains substantiels. Or la France ne fait partie de ses plans. Par ce biais, il semble bel et bien que Status Quo ait perdu ses fans français. Les singles 'Not at all' et 'Little dreamer' tirés de 'Perfect remedy' ne sont même pas publiés dans l'hexagone. Le 7 janvier 1990, le magazine 'Back' publie une critique virulente de 'Perfect remedy'. 'Il y a deux Status Quo. Celui de Quo, On the level, le groupe qui, pendant près de deux décennies nous fit secouer la tête à coup de tubes imparables façonnés dans un boogie-rock torride certes répétitif à la longue mais toujours d'une efficacité à toute épreuve. Et puis, il y a l'autre, le groupe que l'on préférerait oublier tellement il a atteint le tréfonds de la médiocrité. 'Perfect remedy' fit partie de la deuxième catégorie. Accumulation de chansons niaises et ambiance de baloche ! En fermant les yeux, on s'y croirait : C'est Palavas-les-Flots en son et lumière avec son camping et ses friteries ! Franchement, on se demande pourquoi Rossi et Parfitt n'ont pas décroché une bonne fois pour toute comme ils l'avaient annoncé, en 1984. Navrant !' Le groupe apparaît, pourtant, en 1990, lors de l'émission de T.F.1, 'Sacrée soirée' et interprète 'Anniversary Waltz' qui sort, lui, en 45 tours dans notre pays et obtient un petit succès grâce notamment à la participation à l'émission de Jean-Pierre Foucault. Preuve est faite qu'une promotion, même légère peut amener le groupe à avoir un quelconque succès à l'intérieur de nos frontières. Autre exemple, Francis Rossi et Rick Parfitt sont présents, le 20 mars 1991, à Paris, pour la promotion de la compilation 'Rocking all over the years'. La compilation sera entrée dans les Charts, un mois avant, le 15 février et sera classé n°9, pendant quatre semaines consécutives soit environ 50.000 disques vendus. Mais, en cette année, le sommet est raté de peu lorsque la campagne promotionnelle avec Perrier est finalement tombée à l'eau. 'Can't give you more 'aurait, assurément, eu un certain succès en France quand on connaît les impacts publicitaires télévisés.  Le jugement qui accueille, en 1991, l'album 'Rock til you drop' est nettement plus favorable comme le témoigne cet extrait : 'Nos candidats au record de longévité reviennent avec ce nouvel album nettement moins merdique que le précédent, qui était d'un ennui abyssal. On aurait pu croire que les sympathiques Francis Rossi et Rick Parfitt étaient bons pour la casse mais la tendance s'est nettement inversée'. 'Son contenu n'étonnera personne, c'est du Quo garanti sur facture, soixante-quinze minutes durant. Leur boogie-hard plus fringant que jamais, Rossi et Parfitt s'en donnent à cœur joie n'hésitant pas à reprendre un Sam Cooke (Bring it on home) ou un Everly Brothers (Price of love) sans friser le ridicule. La logique et le contenu de ce disque en ferait volontiers un testament surtout qu'on y retrouve un de leurs premiers morceaux en version studio (Forty five hundred times) ainsi que toute la palette de leurs talents'. Critique signée André Brodzki dans le numéro de Best de Janvier 1992. Pourtant, les ventes ne décollent pas, fait lié à une promotion inexistante jumelée à une désaffection complète des Français. 1991 voit la sortie du dernier des trente-cinq singles sortis en France. Il s'agit de 'Can't give you more'. De puis 1968, plus d'1 million d'exemplaires des différents singles ont trouvé acheteurs. A lui seul, 'In the army now', en représente plus de la moitié, suivi par 'Whatever you want', 'What you're proposing' et 'Down down'.