France 1977


'Blue for you' est à la 9ième place du classement de 'Best' en janvier 1977 au moment ou Status Quo débarque en France pour sa quatrième tournée avec Andy Bown que les Français vont découvrir. Quatorze dates sont prévues pour ce qui doit être, à ce jour, la plus grande tournée du groupe, dans notre pays.


Pour la première fois, l'hippodrome de Pantin est situé sur la route de tournée de Status Quo. L'Olympia (2.000 places), jugé trop petit, en 1975 au profit du Palais des sports (4.600 places), c'est maintenant au tour de cette dernière salle de 'passer à la trappe' au profit de Pantin qui peut accueillir 6.000 personnes. Bien que quelques concerts soient annulés, ce tour comprend 14 dates étalées du 28 janvier au 13 février. La tournée semble très chaotique. De nombreux concerts sont annulés puis remis puis de nouveaux annulés. La raison principale de tous ces reports est que Status Quo, dans certaines villes, ont l'intention de jouer sous un chapiteau. Certaines préfectures, craignant des incidents, ne donneront pas leur accord alors que le groupe était en ville prêt à jouer comme ce sera le cas pour Rennes, par exemple ! Il fut très difficile d'en reconstituer les dates mais il semble néanmoins acquis que le groupe s'est produit au Mans, le 28 janvier, au Havre, le 29, au palais des grottes de Cambrai, le 30, au Pavillon de Pantin de Paris, le 31, à Poitiers, le 2 février, à Vitrolles, le 4, à Clermont-Ferrand, le 5, à Montpellier, le 6, au théâtre de la Verdure de Nice, le 8, au Hall Rhénus de Strasbourg, le 9, à l'Opéra de Reims, le 10, à Colmar, le 11, à Dijon, le 12 et au palais des sports de Lyon, le 13. 

Ces villes subissent, tour à tour, une véritable statusquomania ! La Rotonde du Mans est en extase devant le groupe alors que le palais des Grottes de Cambrai, en ce dimanche après-midi, remplit ses 2.500 places, sans aucun problème et ce, malgré un son plus que médiocre. Cette petite salle, faite de béton et de verre, ne possède évidemment pas une acoustique de première qualité. Mais que dire, dans l'intervalle, du concert du Havre ? Organisé par l'Auditorium du Havre, il se tient dans un hangar du port maritime ! Ceci n'empêche pas Status Quo d'avoir un des record d'affluence (plus de 1.000 personnes) pour un concert rock dans cette ville. Le 31 janvier, c'est à Paris que se produit le groupe. 6.000 personnes gèlent en attendant leurs favoris qui commenceront leur représentation vers 21 h 30. Le 13 février, à Lyon, en présence de 6.000 spectateurs, le premier disque pirate de Status Quo, en concert, est publié et nommé simplement 'Live in Lyon'. Le groupe reste plus de deux heures sur scène et interprète la même set-list que le live de Glasgow augmentée de 'Down Down'. Best salue le concert de Paris en mentionnant que Status Quo a poussé le hard-rock un peu plus loin en donnant un show impeccable bourré de feeling, John Coghlan effectuant un impressionnant solo de batterie. Rock'n'folk, de son côté, dénonce une certaine baisse de régime des quatre Anglais, affirme que Quo joue moins bien qu'avant et que le groupe se désagrège dans un certain snobisme. Il est vrai que pour cette tournée de 1977, Bob Young exige un jet privé et une limousine à chaque étape, ceci pouvant déconcerter quelques fans habitués à beaucoup plus de simplicité de la part de leurs idoles.

Quatre bootlegs sont enregistrés pendant cette tournée : Cambrai, Le Mans, Paris et Lyon. Le concert de Toulouse, initialement prévu le 4 février est finalement annulé. En ce 7 février, date de report, la ville est en proie à de terribles manifestations syndicales qui défendent les intérêts d'une grande entreprise locale ayant annoncée plusieurs licenciements. La situation est véritablement tendue. De plus, mal informés, il semblerait que les organisateurs aient vendu un nombre supérieur de billets par rapport à la capacité de la salle.


Mais le Quo n'est pas au bout de ses surprises lorsqu'ils se rendent à la Halle aux grains, la salle de spectacle, pour le soundcheck. La scène est minusculement basse et le management se met à redouter certaines échauffourées incontrôlables qui pourraient subvenir pendant la représentation. Dès 18 heures, 5.000 personnes excitées se rendirent sur le lieu du concert. Devant tant d'incertitudes et d'électricité dans l'air, le management et le groupe préférèrent renoncer afin de ne pas créer une émeute supplémentaire. Les 5.000 fans patientèrent, pendant des heures pour certains, avant de s'entendre dire que le concert n'aurait finalement pas lieu. Quelques échauffourées avec les forces de police seront néanmoins rapidement maîtrisées. Francis Rossi y va de son explication : 'Lorsque nous sommes arrivés là-bas, il y avait des rumeurs bizarres concernant le concert. Plus de 4.000 billets furent vendus et on attendait pas mal de monde. Mais quand nous sommes arrivés, la CGT ou le parti communiste voulaient prendre le contrôle de l'organisation du concert à la place du promoteur. Ils étaient contre le prix des billets car, apparemment il y avait deux catégories de prix. Et ça a duré toute la journée. On est, donc, arrivé sur place et c'était une salle assez petite, toute ronde, pouvant contenir environ 1.200 à 1.500 personnes (en fait la Halle aux grains pouvait accueillir un peu plus de 2.000 spectateurs). On a, quand même, déchargé tout le matériel de scène mais tout ne rentrait pas et avec 2 à 3.000 fans obligés de rester dehors alors qu'ils étaient en possession de billets, ca se présentait mal alors on a préféré partir. On voulait revenir deux jours plus tard et jouer dans une plus grande salle.' Confirmation de Bob Young : 'Tout était prêt, on avait fait le soundcheck mais la scène ne faisait que 60 cm de hauteur et comme ça chauffait avec 5.000 personnes déchaînées dehors, et que ça risquait de fortement dégénérer, on a préféré filer'. Plusieurs magasins subiront les fougues des fans excédés, des vitrines exploseront, des voitures seront endommagées ! Seul gros bémol de cette tournée. 5.000 personnes à Clermont-Ferrand, encore 5.000 à Strasbourg ! Sold-out, partout ! Le chapiteau, dressé au parc des expositions de Metz, est lui aussi, plein à craquer ! Dans l'ensemble, la tournée de 1977 fut un immense succès partagé par près de 60.000 fans. Après le concert de Paris, le 31 janvier, une réception est organisée par Phonogram, au théâtre Campagne-Première. En effet, le Quo n'est pas venu dans notre pays depuis décembre 1975 et dans ce laps de temps, deux nouveaux disques d'or ont été certifiés. C'est donc là que leur sont remis les précieux trophées. Petits fours et champagne viennent agrémenter la soirée. A nouveau, ayant abusé de l'alcool, Coghlan se comporte maladroitement en déclarant une bataille de tartes à la crème au grand damne des grandes pontes de la maison de disques et du propriétaire qui jura que plus jamais ces voyous de rockers ne remettraient, ne serait-ce qu'un orteil dans son théâtre. Le 18 février, 'Wild side of life 'est à la 70ième place du classement des simples en France où il ne séjourne que cinq semaines. Deux jours auparavant, ce titre est n°30 au hit parade RTL.


'Status Quo live', l'officiel, enregistré à Glasgow, en 1976, sort au mois de mars 1977. Dès sa sortie, il est classé n°21 par les lecteurs de Best, ne cessera de grimper et restera classé pendant toute l'année 1977. Afin de le promouvoir au mieux, Phonogram édite un 45 tours à l'usage exclusif des juke-boxes et des radios. Ce disque contient deux titres enregistrés à Glasgow, 'Caroline' et 'Junior's wailing'. La critique de Best est immédiatement bourrée de compliments et l'on peut déguster cette chronique d'Hervé Picart : 'Quo, groupe pas compliqué s'il en est, avait néanmoins un paradoxe. Ce groupe qui ne prenait sa véritable dimension que sur et par la scène ne faisait opiniâtrement que des disques en studio. Et des mauvaises langues d'assurer que c'était parce qu'aucun concert n'était enregistrable et que seule l'ambiance faisait passer et oublier certaines faiblesses. Ceux-là peuvent désormais fermer leur médisant clapet, et les autres se réjouir que Quo n'ait plus de paradoxe. Voici un album live qui va mettre tout le monde d'accord. Des albums en public, il en est paru des montagnes et bon nombre d'entre eux comptent parmi les monuments incontestés de notre musique. Mais, aucun, à mon sens, n'avait à ce point retranscrit cet esprit de la fête qui pourtant anime les concerts. Il faut dire que le boogie de Quo dégèlerait le pôle nord, qu'il est l'un des groupes qui sait le mieux transformer un hangar glacial en bal populaire et dissoudre les réticences dans le tourbillon de leur fiesta permanente. Tout cela est contenu dans ce disque... Eh oui, ceux qui avaient tendance à prendre Quo pour un groupe de charlots gentillets faisant une musique primaire et même un peu bébête sont une fois de plus à côté de la plaque. Il est vrai que ce boogie n'est pas pour les pisse-vinaigre qui nagent avec masochisme dans leurs petites psychoses idéologiques et boudent les vrais plaisirs. Entre une cuite et un Quo live, il n'y a même plus d'alternative possible. Quooooooooooooo ! Voilà qui a la faculté de remettre les choses à leur place. Le 9 mai, 'Piledriver' et 'Blue for you' sont proclamés disque d'or alors que la compagnie de disques Vogue édite la compilation 'le double disque d'or' qui comporte une erreur à l'intérieur de la pochette où le nom de Parfitt figure sur la photo de Rossi et vice-versa. Il aura fallut plus de quatre ans à 'Piledriver' pour atteindre le statut de disque d'or. Au mois d'août, Le 'Live' est classé n°1 par les lecteurs de Best. Pas le temps de reprendre son souffle, qu'arrive le nouvel album studio nommé 'Rocking all over the world' accompagné du 45 tours éponyme. Comme en Angleterre, la nouvelle production de Pip Williams surprend la majeure partie des fans français ce qui n'altère en rien les chiffres des ventes. Best affirme même que Status Quo s'est encore bonifié avec ses nouveaux arrangements. Cependant, tous les chroniqueurs ne sont pas d'accord avec cette opinion et on peut découvrir les commentaires suivants dans d'autres revues : 'Un autre Status Quo et pas un des meilleurs ... Après douze ans de professionnalisme, Francis Rossi et ses amis pourraient tout de même apprendre à utiliser un studio, même si on n'exige pas d'eux qu'ils soient des génies de l'overdub et du mixage comme Jimmy Page ou Brian Wilson. On se demande d'ailleurs, à l'écoute de ces deux piètres faces, si l'énergie des quatre hommes n'est pas en train de décroître. Car même dans le genre carton, ce n'est plus çà ... Cet enregistrement monolithique prouve surtout qu'à vouloir trop déménager, on ne déménage plus du tout.' En fin d'année, le management du groupe annonce la future tournée promotionnelle alors que 'Status Quo live' est propulsé, à nouveau, à la première place du classement mensuel de Best. Les quelques réticents, changeant d'idées après avoir écouté ce fabuleux album, se ruent sur les billets. Pendant ce temps, 'Rocking all over the world', le single, se classe à la 32ième place du hit-parade, pour neuf semaines de présence (50.000 exemplaires vendus). Il atteint, le 16 décembre, la 36ième place du hit parade RTL. Ce même jour, l'album est répertorié dans les Charts français à la 18ième place. Il figurera huit semaines parmi les meilleures ventes dans l'hexagone.