France 1975 (suite)

Il tarde, déjà, de revoir le groupe sur scène. Les fans français n'auront pas longtemps à attendre puisque Quo revient en France, le 2 juin, au palais des sports de Paris. La veille, à 16 h 55, à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle, le vol SK567 en provenance de Copenhague, amène Quo et management. Exit, l'Olympia ... Trop petit avec ses seules 2.000 places. Lors de la tournée du mois de janvier, les promoteurs, encore un peu frileux, n'avaient pas jugé bon de réserver une salle plus grande. Résultat : Des milliers de demandes n'avaient pu être honorées. Et puis, soulagement chez les responsables de l'Olympia qui n'ont toujours pas digéré le passage houleux du début de l'année. Dorénavant, le palais des sports, dans un premier temps puis l'Hippodrome de Pantin seront utilisés. Mais, en ce 2 juin soit près de dix ans, jour pour jour, après les Beatles, jamais, le palais des sports n'aura connu telle ambiance. L'extraordinaire concert donné par les quatre Londoniens, devant une salle archi-comble et toute acquise à leur cause, est immortalisé par le magazine " Best " de Juillet. Pas moins de sept pages sont consacrées à cet événement et c'est Francis Rossi qui fait la couverture ! 'Blues, rock, boogie et encore boogie, un show parfait, remarquablement mené, simplicité et efficacité comme on ne le croyait plus possible de les allier, et le punch, la joie de jouer qui éclate dans cette chorégraphie incessante de guitares et de cheveux. Bravo les Quo' conclue le magazine. Parfait résumé ! Status Quo donne, ici, devant 5.000 personnes, certainement l'un de ses meilleurs concerts français. Le groupe y joue incontestablement l'une de ses meilleures versions de 'Claudie' qu'il abandonnera pourtant bientôt. Coghlan y est notamment phénoménal. Concert parfait s'il en est devant un parterre de fans en transe, certains ayant fait la queue plusieurs heures pour avoir les meilleures places.



Les lecteurs de Best placent, en juin, 'Down Down' à la 1ère place, 'On the level' à la seconde et 'Roll over lay down' à la dix-huitième. Devant tant de succès, une nouvelle tournée française est prévue en décembre. Elle prévoit sept concerts étalés du 5 au 11. Elle prend vite l'allure d'un véritable parcours du combattant. Une organisation déplorable fait que plusieurs concerts sont répertoriés à la même date à plusieurs centaines de kilomètres d'écart.


Ainsi, le 6, Grenoble et Strasbourg sont programmés. Alors, pour permettre au Quo d'honorer les deux contrats, Grenoble est repoussé au 9. Finalement, les concerts de Colmar, le 5 et de Strasbourg, le 6 sont annulés suite à d'insurmontables problèmes financiers avec le promoteur. Il en est de même pour la journée du 7 où St Etienne et Nancy sont évoqués. St Etienne est finalement reporté au 10 et Nancy annulé encore à cause du promoteur. Marseille et Dijon envisagés le 8 sont aussi ajournés. Enfin, le report de St Etienne, à la journée du 10 aura pour but d'annuler la représentation prévue à Poitiers. Incroyable imbroglio. Néanmoins, le groupe se produit à Grenoble le 9, à St Etienne, le 10 et à Paris le 11. A St Etienne, le concert coïncide avec un match de football ce qui a pour conséquence une salle à moitié remplie. On aura tout vu' ironise Rossi. Cependant, le concert de Paris voit encore un palais des sports en effervescence qui assiste à la remise du premier disque d'or de Status Quo en France. En effet, 'Quo' vient d'atteindre le chiffre de 100.000 exemplaires vendus dans l'hexagone, officiellement le 1er décembre. Status Quo n'est que le cinquième groupe étranger à être honoré de la sorte en France, à recevoir un disque d'or pour un trente-trois tours. Il devient, dans notre pays, l'égal des Rolling Stones ou des Beatles. A cette occasion, le grand patron de Phonogram fait le voyage spécialement des Pays-Bas pour remettre au groupe sa récompense. Il déclare alors que le Quo fait maintenant parti des plus grands groupes européens et que son succès, en France, est énorme. Celui-ci, désireux de discuter avec le groupe après le concert, devra pourtant attendre près d'un quart d'heure devant la loge. Lorsqu'enfin Status Quo lui donnera l'occasion d'entrer, Parfitt préfèrera partir à l'hôtel pour se doucher, Rossi et Lancaster iront dans une pièce à côté répéter quelques morceaux. Seul Coghlan restera ... Quand on connaît l'aversion qu'avait John pour les grands bureaucrates, on peut se douter que la conversation fut certainement chaotique. Mais revenons quelques heures avant, histoire de connaître les derniers instants avant de monter sur scène. Tout n'est pas rose, lors de cette soirée. En effet, lors du soundcheck, le matériel de Parfitt donne des signes de faiblesse et des vombrissements intempestifs sortent de ses amplis. Il est finalement décidé de les changer mais, peu de temps avant la représentation, ils ne sont toujours pas installés. Rick s'impatiente et devient très inquiet. 'Bien sûr que je suis nerveux surtout parce que le matériel ne fonctionne pas correctement' s'exclame Rick à un journaliste quelque peu encombrant. Comme pour chasser ses inquiétudes, il parle du futur album. 'Il y a plus de variations et il possède quelques sympathiques titres plus cools que nous envisageons de jouer sur scène'. Pendant ce temps, c'est Colin Johnson qui ravitaille le groupe en bière. Avant le concert, John Coghlan, dont le Palais des sports est une de ses salles préférées, s'isole des trois autres et ne les rejoint que peu de temps avant que ne démarre la représentation. Il erre autour de la loge, sans direction et sans but réels attendant, on ne sait pas trop quoi, pour rejoindre ses potes. C'est un groupe contrarié par les problèmes techniques qui fait son entrée sur la scène du Palais des sports où les réclament, dans un vacarme assourdissant, les 5.000 fans ici présents. Les problèmes techniques perdurent pendant le concert mais la puissance du groupe les empêche de vraiment contrarier la représentation. Certes, le son est loin d'être parfait alors que Coghlan ne trouve rien de mieux que de renverser malencontreusement une partie de sa batterie. Pendant, le rappel, 'Caroline' et 'Bye Bye Johnny' augmentent encore l'enthousiasme des fans. La presse anglaise salue la prestation des spectateurs français : 'L'audience était portée par l'énergie déployée par le groupe lequel était supporté par l'enthousiasme du public. Il aurait été imprudent d'examiner la salle pour en déceler les dommages mais ça n'a pas été fait puisque le promoteur avait le sourire'. Peu de temps après, quelques extraits du concert sont diffusés sur les ondes de RTL dans l'émission 'Live'. 'Status Quo, une exclusivité RTL' introduit le journaliste. Six morceaux et non des moindres ('Junior's wailing', 'I saw the light', 'Roll over lay down', 'Big fat Mama', 'Don't waste my time' et 'Bye bye Johnny') sont retransmis. Ce même mois, les lecteurs de Best mettent 'Quo' à la 16ième place et 'On the level' à la 18ième place des albums alors que ces mêmes lecteurs élisent Status Quo, 9ième groupe de l'année et lui donne la même place pour ses prestations scéniques. Mais même si le succès est bien réel, il est encore possible de lire des articles destructeurs sur le groupe. 'Status Quo, les rois du rock dur' disait la publicité. Il serait urgent que l'on offre la collection complète de Seeds, des Stoges ou de Pink Fairies au triste inventeur de ce slogan. Car Status Quo n'est rien d'autre qu'un bon vieux (même son, même jeu de scène qu'au festival de Nancy en 1971) groupe de boogie. Quatre routiers du rock qui expédient sans génie ni imagination le plus vieux tempo du monde au travers de 6.000 watts. Alors mieux qu'un concert des Quo, traversez les U.S.A dans un wagon de marchandises, vous aurez quatre jours de boogie gratuitement et la sirène de l'Union Pacific à la place des soli de Rossi. On ne leur en veut pas d'avoir trouvé le truc qui marche, ils auraient pu éviter de l'user jusqu'à la corde. Il n'y a plus que les groupes de série B comme Status Quo pour n'avoir que 'Johnny be good' à jouer en rappel. Cet article dont nous ignorons malheureusement la provenance n'a pas été écrit par quelqu'un de très perspicace car Quo n'a, bien sûr, jamais joué Johnny be good. Quand la méchanceté est l'égale de l'ignorance ! Dix huit mois après sa sortie, 'Quo' est toujours plébiscité et considéré par les Français comme l'un des tous meilleurs albums de rock. Ainsi s'achève l'année 1975 que l'on peut considérer peut-être la plus prolifique de Status Quo, en France. Deux tournées, douze concerts et 'On the level' qui figure parmi les vingt meilleures ventes de 33 tours sur l'année. La France devient le troisième marché de Status Quo après l'Angleterre et l'Allemagne. Près de 300.000 disques du Quo se sont écoulés pendant cette année 1975 et près de 50.000 personnes ont assisté aux concerts ! Cette année fabuleuse doit pouvoir servir de support à celle qui suit qui, pourtant, ne sera pas tout à fait aussi réussie.